Exposition : Je ne suis pas un Chiffre - Bertrand Gaudillère / Collectif ITEM

La France a signé la convention internationale des droits de l’enfant. A ce titre elle s’engage à garantir indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique d’origine nationale, ethnique ou sociale, la prise en charge de tous les mineurs présents sur son territoire, leur assurant la protection et les soins nécessaires à leur bien-être pour qu’ils soient effectivement protégés contre toutes formes de discrimination.

C’est ce même état bienveillant, qui, une fois la majorité atteinte, délivre plus souvent une O.Q.T.F. (Obligation de Quitter le Territoire Français) qu’une carte de séjour, lorsque jeunes adultes, ceux qui ont pu vivre et étudier ici, font une demande de régularisation.

On ne peut être mineur et sans papiers. On devient illégal avec la majorité. C’est ce qui est arrivé à Rajae. Elle est devenue un chiffre, une statistique, un numéro de dossier à traiter…

« Je ne suis pas un chiffre », est né de notre rencontre et de sa volonté de témoigner d’une situation qu’elle trouvait profondément injuste. Je ne voulais pas prendre la parole à sa place. Nous l’avons prise ensemble, pour rappeler que la politique du chiffre menée par les gouvernements successifs, avait des conséquences.

Sur chacune de mes photos elle s’est appliquée à trouver les mots justes pour ne pas se trahir. Elle ne voulait pas être misérable, ni angélique. Elle voulait être vraie, parce que c’est important que les gens comprennent ce que c’est que d’être sans papiers, et comprennent aussi que ce n’est pas une fatalité, que ça ne m’arrange pas moi d’être sans papiers, que ça arrange plus ceux qui ont fait les lois.

Aujourd’hui Rajae est régularisée, elle a un travail, un appartement, une vie sociale, amicale, amoureuse… une vie « normale », sans plus avoir peur d’être arrêtée, expulsée… cette vie elle en rêvait tout autant qu’elle la craignait.

Je me souviens d’une discussion durant laquelle elle expliquait très bien que paradoxalement avoir des papiers l’effrayait un peu. Que son statut lui avait permis d’être le centre d’attention de personnes qu’elle n’aurait probablement jamais rencontrées et qui l’ont faite grandir, qui lui ont fait comprendre un peu mieux ses droits, lui ont permis d’assumer ses envies, de prendre la parole et de revendiquer...

Toi par exemple, je ne t’aurais jamais rencontré…

 

Bertrand Gaudillère / item